À la tribune des Nations unies, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a défendu une diplomatie de résultats. Son message tient en plusieurs impératifs : vérifier la paix, prévenir les conflits, gouverner les minerais au service des populations, et réformer l'ONU pour refléter les réalités du XXIᵉ siècle. Ce discours intervient alors que la RDC s'apprête à siéger au Conseil de sécurité en tant que membre non permanent pour la période 2026-2027.
Points Clés du Discours
- • Paix vérifiable : Refus d'une "accalmie factice" au profit d'une paix durable ancrée dans la vérité et la justice
- • Reconnaissance du génocide congolais : Appel solennel basé sur le Rapport Mapping de l'ONU
- • Réforme du Conseil de sécurité : Revendication de 2 sièges permanents africains avec droit de veto
- • Gouvernance des minerais stratégiques : Transformation locale et souveraineté économique
- • Bassin du Congo : Présentation comme solution mondiale face au changement climatique
Multilatéralisme : l'exigence, pas l'option
Le Président a salué un multilatéralisme devenu indispensable face aux crises imbriquées. Objectif : des coalitions efficaces, des engagements mesurables et des résultats tangibles pour les peuples. Dans un contexte international marqué par les tensions, Tshisekedi a rappelé que les défis contemporains - sécurité, climat, développement - exigent des réponses collectives et coordonnées.
Conseil de sécurité : une participation « constructive et holistique » (dès janv. 2026)
Élue en juin dernier avec 183 voix sur 187 votants, la RDC annonce deux priorités indissociables pour son mandat au Conseil de sécurité : paix & sécurité et prévention & résolution des conflits. Le pays entend contribuer activement à l'élaboration et à la mise en œuvre du Nouvel Agenda pour la paix, en apportant l'impulsion de son expérience pour réformer les opérations de maintien de la paix.
« Nous voulons une paix vérifiable pour la RDC — pas une accalmie factice. Vérité et justice sont la condition d'une paix durable. »
Vérité, justice, mémoire : l'appel à la reconnaissance d'un « génocide congolais »
Le Chef de l'État a lancé un appel solennel à la communauté internationale pour établir la vérité, rendre justice aux victimes et ancrer la paix dans la mémoire et la responsabilité partagée. Il a rappelé que le Rapport Mapping de l'ONU a documenté l'ampleur des atrocités et a plaidé pour la reconnaissance du génocide congolais, qualifiant la situation de « génocide silencieux » qui frappe le peuple congolais depuis plus de trente ans.
« Tous les marqueurs d'un projet d'extermination sont réunis », a-t-il affirmé, évoquant des millions de morts et près de sept millions de déplacés. Cet appel intervient dans un contexte où, malgré l'Accord de paix signé récemment, les combats se poursuivent dans l'Est du pays.
Diplomatie en marge de l'Assemblée : la recherche d'alliances concrètes
L'activité diplomatique congolaise s'est intensifiée en coulisses. Le Président Tshisekedi s'est entretenu en tête-à-tête avec le Président français Emmanuel Macron. Au cœur des discussions : la situation sécuritaire dans l'Est de la RDC. Le président Macron a annoncé son initiative d'organiser à Paris, en octobre 2025, une grande conférence internationale sur la situation humanitaire dans la région des Grands Lacs.
Des rencontres avec le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, et le Conseiller principal pour l'Afrique du Président américain, ont également eu lieu, portant sur le suivi de l'Accord de paix et les initiatives régionales de stabilisation.
Minerais stratégiques : gouvernance exemplaire
Kinshasa place au cœur du débat mondial la gouvernance responsable de ses ressources. L'objectif est de garantir une exploitation respectueuse des principes de développement durable, de souveraineté économique et de bien-être des populations. Pour rompre le « lien toxique entre rentes minières et financement de groupes armés non étatiques », le Président a prôné une approche intégrée incluant la transparence intégrale des chaînes d'approvisionnement.
Réforme du Conseil de sécurité : l'Afrique à part égale
La RDC a réaffirmé avec force la position commune africaine, dite Consensus d'Ezulwini. Pour un continent de 54 États et 1,2 milliard d'habitants, la marginalisation n'est plus tenable. La revendication est claire : 2 sièges africains supplémentaires dans la catégorie des membres non permanents et 2 sièges permanents africains, avec droit de veto, aux mêmes droits, privilèges et obligations que les membres actuels.
Suivi Diplomatique RDC-ONU
Accédez à notre analyse complète des implications géopolitiques du discours présidentiel et des perspectives pour le mandat de la RDC au Conseil de sécurité.
Télécharger l'analyse stratégiqueClimat : le bassin du Congo, solution mondiale
Le Président a remis en avant le bassin du Congo comme puits de carbone stratégique, pilier de la biodiversité et socle d'investissements climat-positifs conciliant protection et prospérité partagée. Cette séquence onusienne intervient alors que des discussions sont en cours pour définir un nouveau modèle de financement international équitable pour la préservation de ce deuxième massif forestier tropical au monde.
Contexte sécuritaire : le Conseil de sécurité prolonge les sanctions
Quelques jours avant l'ouverture de l'Assemblée générale, le Conseil de sécurité a unanimement adopté la résolution 2783 (2025), prolongeant d'un an le régime de sanctions visant les individus et entités menant des activités illégales en RDC, ainsi que le mandat du Groupe d'experts qui l'assiste. Cette décision vise à lutter contre les violences et la déstabilisation dans l'Est du pays et se présente comme un outil pour accompagner les efforts de paix en cours.
À retenir
Le passage de la délégation congolaise à New York dessine une diplomatie offensive et principielle. Le standard annoncé est celui d'une paix vérifiable, ancrée dans la vérité et la mémoire. La feuille de route pour 2026 au Conseil de sécurité est tracée : paix/sécurité et prévention des conflits. Sur le plan économique, l'engagement est de mettre les minerais stratégiques au service des populations via une gouvernance exemplaire. Le combat pour la reconnaissance des crimes et la mise en place de mécanismes de réparation reste central, tandis que le bassin du Congo est promu comme une solution globale aux défis climatiques.